Voyager au Mexique

Au Chiapas, la mort des mayas, dans l’indifférence

Dans un pays où les enlèvements et le trafic de drogue concentrent l’attention des médias nationaux et des observateurs étrangers, il est une autre tragédie largement oubliée : celle des indigènes dont l’expropriation des terres accélère chaque jour un peu plus l’inexorable disparition d’une culture cinq fois millénaire.

Le Chiapas, au sud du Mexique, est l’Etat le plus pauvre du pays. Selon le dernier recensement, plus de 22% des habitants, soit environ 1 million d’habitants sont des indigènes d’ascendance maya. A son élection en 2006, le Président Felipe Calderon avait fait de la lutte contre la pauvreté une des priorités de son sextennat, avec le plan « Vivir Mejor » (Vivre mieux). A grands renforts de propagande télévisée, le gouvernement a lancé en 2008 le programme « Ciudades Rurales » (Villes rurales), censé offrir des conditions de vie plus humaines à des populations en marge du développement.

Selon le gouvernement, la raison principale de la pauvreté au Chiapas est la dispersion de l’habitat, qui complique voire rend impossible l’accès à l’éducation, à la modernité et aux soins médicaux. Effectivement, il n’est pas rare que les villages indigènes soient situés à plus de 5 heures de route d’une ville d’importance. Prétextant également des problèmes de salubrité (absence d’eau courante), un manque de productivité du à l’absence de machines agricoles et une consommation non maîtrisée de bois (les communautés, n’ayant pas d’électricité, ont recours au bois pour se chauffer et pour cuisiner), le gouvernement a décidé de rassembler les communautés dans des villes nouvelles, sorties de terre au milieu de la jungle.

Des milliers de maisons identiques, une école, un terrain de basket, une église, une clinique et une épicerie, voici le visage des Ciudades Rurales. Les promesses du gouvernement sont séduisantes : le confort moderne d’une maison neuve avec eau courante, sol en dur et électricité ; l’accès à l’éducation pour les enfants et en prime ; l’assurance d’un travail rémunéré. Pour beaucoup, ces arguments sont plus forts que l’attachement à la « Madre Tierra » (la Terre-Mère). Pour les autres, les plus téméraires, quelques menaces explicites et la vue d’une arme à feu ont vite maté l’esprit de rébellion. Et le gouvernement Calderon d’oublier un droit primaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, celui des peuples « à disposer d’eux-mêmes », autrement dit, à choisir d’accepter ou pas, de quitter leur village.

Un an seulement après l’arrivée des premiers habitants, les Ciudades Rurales ressemblent à des banlieues touchées de plein fouet par la crise économique. Les familles, nombreuses (parfois plus de 10 enfants), patientent dans des maisons de 60m2, sans argent, sans travail. Les promesses du gouvernement semblent bien loin…

D’une économie primaire basée sur le troc et l’agriculture d’autosubsistance, les indigènes, qui bien souvent ne parlent pas espagnol, ont été plongé dans l’économie de marché, confrontés à la loi de l’offre et de la demande. Même la fabrication traditionnelle des tortillas, rituel séculaire et socialisant depuis des siècles, a disparue. Désormais, les galettes sont industrielles, fabriquées à partir de maïs transgénique américain, bien moins cher que la céréale mexicaine. Déjà, plusieurs groupes d’hommes ont quitté la nouvelle ville en direction des Etats-Unis en grimpant sur le train des migrants, avec l’espoir de franchir le mur, de trouver un travail de « l’autre côté » et d’envoyer quelques dollars à la famille. Il faut bien payer les factures et la nourriture…

Surtout, les indigènes ont compris. Derrière la prétendue volonté d’améliorer la vie des populations isolées, une réalité, bien moins avouable : le Mexique vend son sous-sol à des multinationales étrangères. Car les montagnes des mayas possèdent de formidables réserves d’or. Peu regardant, les politiques corrompus s’enrichissent, laissant les miniers nord-américains creuser, dynamiter, déforester et polluer les rivières. Des camions et des bulldozers par centaines travaillent, jour et nuit. Ils commencent par raser les villages puis s’attaquent méthodiquement à la terre, si sacrée pour les populations rurales dont les croyances mêlent encore mysticisme précolombien, vénération à la terre nourricière et catholicisme. Alors que la pratique est totalement interdite dans leur propre pays, les entreprises canadiennes utilisent du cyanure pour séparer l’or de la roche. Dans les villages, des maladies nouvelles et des malformations apparaissent chez les nourrissons. L’eau, les forêts et les autochtones, sacrifiés sur l’autel du capitalisme.

Comme au Tibet, le salut des populations indigènes du Chiapas ne peut passer que par une prise de conscience collective et par la dénonciation pacifiste des expropriations menées par le gouvernement mexicain. Avant qu’il ne soit trop tard.

 

Deux documentaires pour aller plus loin:

-Hasta ahi te mueves

-Corazon del cielo, corazon de la tierra

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